Notre révision de la réforme de l'orthographe touche à sa fin. On a vu défiler des
trémas qui se déplaçaient vers la voyelle
contigüe, des
accents circonflexes qui sombraient dans l'
abime et des accents aigus qui se retournaient
allègrement sur eux-mêmes au moindre
évènement pour devenir des
accents graves. Mais ce n'est pas tout, d'autres éléments n'ont pas été épargnés par ce fléau qui menace de sévir en France dès la rentrée scolaire.
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Le
trait d'union est à son tour touché par les recommandations de l'Académie, qui préconise sa généralisation dans les numéraux composés: nous pourrons désormais nous mettre sur notre
trente-et-un ou faire les
quatre-cents coups au lieu des traditionnels
trente et un et
quatre cents. Attention cependant!
Million, milliard, millier sont des noms, donc ils ne sont ni précédés ni suivis d'un trait d'union:
trois millions quatre-cent-mille-deux-cent-huit. Mieux vaut l'écrire en chiffres!
Par contre, dans d'autres cas la nouvelle orthographe nous invite à enlever ce trait d'union et à souder les deux éléments de certains noms composés; difficile d'établir une règle qui permette de s'y retrouver dans cet océan de noms qui peuvent ou non supprimer leur trait d'union; il s'agit tantôt de noms composés d'un élément verbal suivi d'une forme nominale ou de 'tout' (
boutentrain, crochepied, croquemonsieur, fourretout, passepartout, portemonnaie, tirebouchon, piquenique...), tantôt de noms composés d'éléments nominaux et adjectivaux (
arcboutant, autostop, bassecour, branlebas, hautparleur, terreplein...), tantôt finalement d'onomatopées ou de mots expressifs d'origines diverses:
froufrou, grigri, mélimélo, pêlemême... Bref, il faudra changer son
traintrain, faire un beau tour de
passepasse, et travailler d'
arrachepied pour faire cuire le
tournedos dans un
faitout sans gâcher le
millefeuille que la
sagefemme mijote alors que le
hautparleur débite son
prêchiprêcha.
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Le trait d'union est également à l'honneur quand on aborde le cas du pluriel de certains noms composés formés d'un verbe suivi d'un complément d'objet direct au singulier (
garde-meuble,
essuie-main, perce-neige, tord-boyau, trouble-fête) ou alors d'une préposition suivie d'un nom au singulier (
après-midi, sans-abri, sous-verre); dans ces mots, autrefois invariables, le second terme prendra la marque du pluriel quand le mot composé sera lui-même au pluriel: des
abat-jours, des
à-pics, des
après-skis, des
gratte-ciels, des
ouvre-boites, des
pousse-cafés: un vrai
casse-tête ou des
remue-méninges ? En tout cas, c'est à utiliser au
compte-goutte si on ne veut pas devenir des
pisse-vinaigres. D'autant que, comme d'habitude, il y a des exceptions: par exemple, si le nom prend une majuscule (
prie-Dieu) ou s'il est précédé d'un article singulier (
trompe-l'oeil, trompe-la-mort), le nom ne prend pas de marque au pluriel.
Mais la réforme de l'orthographe a aussi pour but de corriger des désordres ou des anomalies à l'intérieur de certaines familles de mots, ce qu'on appelle dans le jargon linguistique les 'séries désaccordées', des erreurs que l'orthographe a introduites il y a parfois des siècles mais qu'elle s'est obstinée à préserver. Pourquoi continuer d'écrire
chariot, avec un seul /r/ alors que les autres mots de sa famille (
charrette) en contiennent deux ? On écrira donc tout naturellement
charriot comme on écrira
combattif (avec les deux /t/ de
combattre),
bonhommie (avec les deux /m/ de
bonhomme) ou
boursouffler (avec les deux /f/ de
souffler): vous ne croyez pas que c'est une
imbécillité que d'écrire ce mot avec deux /l/ alors qu'
imbécile n'en a qu'un seul ? Vous voyez bien que tout n'est pas mauvais dans cette réforme...
Et dans ce chapitre, celui des anomalies, c'est le mot
ognon qui figure en tête du classement des plus controversés, largement devant
nénufar (qui ouvrira peut-être la porte à de nouvelles suppressions jugées inutiles du groupe
ph) et autres
tocades (au lieu de
toquades) plus ou moins
douçâtres (jadis
douceâtres)...
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| Image d'Odile MEYLAN dans la Tribune de Genève |
Certaines de ces mesures ont été entérinées (c'est-à-dire confirmées) par l'usage en toute simplicité, notamment celles qui visaient la régularisation des accents graves devant une voyelle muette, y compris les futurs et les conditionnels des verbes du type
céder, ou encore d'autres mots dont la prononciation réclamait un accent que la graphie se refusait à accepter (par exemple
asséner,
bésicles ou
québécois); pareil pour certains mots d'origine étrangère dont les pluriels ont été régularisés (
confettis, barmans ou
cherrys). Dans d'autres cas, l'usage ne s'est pas complètement généralisé et l'on assiste toujours à une cohabitation des deux graphies qui, semble-t-il, devrait se prolonger dans le temps.
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Et pour tous ceux qui voudraient en savoir plus et analyser la polémique dès le début, voici le document qui a tout déclenché,
Les rectifications de l'orthographe, de l'Académie Française.