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jeudi 19 janvier 2017

Accent grave, accent aigu


Après la réforme de l'orthographe, on risque de perdre de vue les règles d'accentuation pour les sons [e] (e fermé) et [ɛ] (e ouvert). Voici l'astuce de Guillaume Terrien, champion de France d'orthographe.



dimanche 12 juin 2016

À propos de la réforme de l'orthographe (et 4)

Notre révision de la réforme de l'orthographe touche à sa fin. On a vu défiler des trémas qui se déplaçaient vers la voyelle contigüe, des accents circonflexes qui sombraient dans l'abime et des accents aigus qui se retournaient allègrement sur eux-mêmes au moindre évènement pour devenir des accents graves. Mais ce n'est pas tout, d'autres éléments n'ont pas été épargnés par ce fléau qui menace de sévir en France dès la rentrée scolaire.

www.ouest-france.fr
Le trait d'union est à son tour touché par les recommandations de l'Académie, qui préconise sa généralisation dans les numéraux composés: nous pourrons désormais nous mettre sur notre trente-et-un ou faire les quatre-cents coups au lieu des traditionnels trente et un et quatre cents. Attention cependant! Million, milliard, millier sont des noms, donc ils ne sont ni précédés ni suivis d'un trait d'union: trois millions quatre-cent-mille-deux-cent-huit. Mieux vaut l'écrire en chiffres!

Par contre, dans d'autres cas la nouvelle orthographe nous invite à enlever ce trait d'union et à souder les deux éléments de certains noms composés; difficile d'établir une règle qui permette de s'y retrouver dans cet océan de noms qui peuvent ou non supprimer leur trait d'union; il s'agit tantôt de noms composés d'un élément verbal suivi d'une forme nominale ou de 'tout' (boutentrain, crochepied, croquemonsieur, fourretout, passepartout, portemonnaie, tirebouchon, piquenique...), tantôt de noms composés d'éléments nominaux et adjectivaux (arcboutant, autostop, bassecour, branlebas, hautparleur, terreplein...), tantôt finalement d'onomatopées ou de mots expressifs d'origines diverses: froufrou, grigri, mélimélo, pêlemême... Bref, il faudra changer son traintrain, faire un beau tour de passepasse, et travailler d'arrachepied pour faire cuire le tournedos dans un faitout sans gâcher le millefeuille que la sagefemme mijote alors que le hautparleur débite son prêchiprêcha.
http://www.etaletaculture.fr/
Le trait d'union est également à l'honneur quand on aborde le cas du pluriel de certains noms composés formés d'un verbe suivi d'un complément d'objet direct au singulier (garde-meuble, essuie-main, perce-neige, tord-boyau, trouble-fête) ou alors d'une préposition suivie d'un nom au singulier (après-midi, sans-abri, sous-verre); dans ces mots, autrefois invariables, le second terme prendra la marque du pluriel quand le mot composé sera lui-même au pluriel: des abat-jours, des à-pics, des après-skis, des gratte-ciels, des ouvre-boites, des pousse-cafés: un vrai casse-tête ou des remue-méninges ? En tout cas, c'est à utiliser au compte-goutte si on ne veut pas devenir des pisse-vinaigres. D'autant que, comme d'habitude, il y a des exceptions: par exemple, si le nom prend une majuscule (prie-Dieu) ou s'il est précédé d'un article singulier (trompe-l'oeil, trompe-la-mort), le nom ne prend pas de marque au pluriel.

Mais la réforme de l'orthographe a aussi pour but de corriger des désordres ou des anomalies à l'intérieur de certaines familles de mots, ce qu'on appelle dans le jargon linguistique les 'séries désaccordées', des erreurs que l'orthographe a introduites il y a parfois des siècles mais qu'elle s'est obstinée à préserver. Pourquoi continuer d'écrire chariot, avec un seul /r/ alors que les autres mots de sa famille (charrette) en contiennent deux ? On écrira donc tout naturellement charriot comme on écrira combattif (avec les deux /t/ de combattre), bonhommie (avec les deux /m/ de bonhomme) ou boursouffler (avec les deux /f/ de souffler): vous ne croyez pas que c'est une imbécillité que d'écrire ce mot avec deux /l/ alors qu'imbécile n'en a qu'un seul ? Vous voyez bien que tout n'est pas mauvais dans cette réforme...

Et dans ce chapitre, celui des anomalies, c'est le mot ognon qui figure en tête du classement des plus controversés, largement devant nénufar (qui ouvrira peut-être la porte à de nouvelles suppressions jugées inutiles du groupe ph) et autres tocades (au lieu de toquades) plus ou moins douçâtres (jadis douceâtres)...

Image d'Odile MEYLAN dans la Tribune de Genève

Certaines de ces mesures ont été entérinées (c'est-à-dire confirmées) par l'usage en toute simplicité, notamment celles qui visaient la régularisation des accents graves devant une voyelle muette, y compris les futurs et les conditionnels des verbes du type céder, ou encore d'autres mots dont la prononciation réclamait un accent que la graphie se refusait à accepter (par exemple asséner, bésicles ou québécois); pareil pour certains mots d'origine étrangère dont les pluriels ont été régularisés (confettis, barmans ou cherrys). Dans d'autres cas, l'usage ne s'est pas complètement généralisé et l'on assiste toujours à une cohabitation des deux graphies qui, semble-t-il, devrait se prolonger dans le temps.

www.viberadio.ci

Et pour tous ceux qui voudraient en savoir plus et analyser la polémique dès le début, voici le document qui a tout déclenché, Les rectifications de l'orthographe, de l'Académie Française.

vendredi 15 avril 2016

À propos de la réforme de l'orthographe (3)

Notre troisième chapitre consacré à la réforme de l'orthographe va porter sur l'accent grave, qui est appelé à remplacer l'accent aigu de l'orthographe traditionnelle lorsque la syllabe qui contient celui-ci est suivie d'un -e muet; la nouvelle orthographe entend ainsi reproduire graphiquement une prononciation ouverte qui s'est imposée depuis bien longtemps. Désormais, il devient non seulement tout à fait légitime mais aussi règlementaire d'écrire évènement au lieu du traditionnel événement (et pas que le jeudi), et même en période de sècheresse on aura toujours du mal à acheter allègrement du cèleri dans la crèmerie.

www.spellandsound.com


Là où l'application de cette règle se fait sentir particulièrement, c'est dans la conjugaison du futur et du conditionnel de verbes comme accéder, protéger, léguer, rapiécer... Comme on vient de l'expliquer, la conjugaison voulue par la nouvelle orthographe remplacerait donc l'accent aigu par l'accent grave devant une syllabe précédant un -e muet: à tous ceux qui tolèreraient (ou qui digèreraient) cela difficilement, on leur suggèrera d'écrire cèderais, possèdera ou succèderiez. Bien sûr, nous n'énumèrerons pas tous les cas possibles et ne répèterons plus la possibilité de garder l'orthographe classique.

Encore une variante, pour compléter l'éventail de situations: l'accent grave devrait également remplacer l'accent aigu dans les constructions (il s'agit en général de tournures littéraires ou très formelles) où le sujet je est postposé: eussè-je, dussè-je, puissè-je. Vous est-il déjà arrivé de devoir utiliser ces formules? Moi jamais, fussè-je le seul à le reconnaître!

Mais la nouvelle norme a prévu -comme d'habitude d'ailleurs- des exceptions, des mots où la règle ne doit pas s'appliquer. C'est le cas notamment des mots (et leurs dérivés, bien entendu) avec des préfixes dé- (comme dans dégeler, déceler, dépecer, détenir, développer, démesure ou se démener) ou pré- (comme dans prélever ou prévenir), ainsi que des mots qui commencent directement par é-, (comme échelon, écheveau, échevelé, écrevisse, égrener, élever, émeraude, émeri, épeler ou éperon). On ne nous a pas expliqué pourquoi, mais la réforme ne touche pas non plus les médecins ni la médecine, quoiqu'on l'exerce à Étretat.

Pour rappel, la règle du champion de France d'orthographe:



Toujours à suivre...

lundi 21 mars 2016

À propos de la réforme de l'orthographe (2)

Après le tréma, deuxième volet de ce parcours du combattant qu'est la nouvelle orthographe, et nous tombons sur l'une de ses mesures les plus médiatiques, la suppression de l'accent circonflexe, qui a même provoqué ce slogan mille fois relayé (sur Twitter en particulier), 'Je suis circonflexe'.


Première chose à dire, l'accent circonflexe (le petit chapeau) ne disparait pas. Attention! me direz-vous, vous avez oublié de mettre l'accent circonflexe sur le dernier i de 'disparaît'. Eh bien, justement, la nouvelle orthographe préconise la suppression de cet accent sur les lettres i et u, sauf s'il est nécessaire pour différencier deux mots, par exemple: 'sûr' et 'sur', ou 'mûr' et 'mur', ou encore le participe passé 'dû' et la contraction 'du', les noms 'jeûne' et 'jeune', ou certaines formes verbales du verbe 'croitre' (oui, désormais sans circonflexe si on le veut) qui pourraient être confondues avec celles du verbe 'croire' ('il croit' et 'il croît', 'il a cru' et 'il a crû'...); ce n'est pas la même chose et, dans ces cas-là, il faut toujours le garder.


On peut se demander pourquoi cet accent peut disparaitre sur les voyelles i et u et ne peut pas le faire sur les autres. Pour résumer, on peut répondre que ces deux voyelles ont un seul timbre, c'est-à-dire qu'elles sont toujours prononcées de la même manière, qu'elles soient surmontées ou non d'un accent, alors que les autres connaissent plusieurs timbres, plus ouverts ou fermés, antérieurs ou postérieurs, même si ces oppositions sont très peu respectées dans certains cas aujourd'hui (la différence entre 'patte' et 'pâte' est de plus en plus rare).

Mais revenons à nos accents. On ne peut pas non plus se passer du circonflexe quand il s'agit des 1ère et 2ème personnes du pluriel du passé simple: 'nous fîmes' (de 'faire'), 'nous fûmes' (de 'être'), 'vous eûtes' (de 'avoir'), 'vous lûtes' (de 'lire') et, bien évidemment, 'vous dîtes' qui autrement serait pris pour un présent de l'indicatif. De même, l'accent circonflexe restera toujours présent sur les lettres i et u de la 3ème personne du singulier du subjonctif imparfait (et plus-que-parfait), si jamais il vous arrive de devoir l'utiliser: 'Je n'étais pas sûr que quelqu'un lût cet article!'.

Finalement, on régularise certains adverbes en -ûment sur le modèle d'autres adverbes qui refusaient déjà de... porter le chapeau: 'absolument', 'éperdument' ou 'résolument' l'emportent sur 'ambigûment', 'assidûment', '(in)dûment' qui perdent ainsi leur accent. Flute! encore des accents qui partent.

Ah! Et si vous vous appelez Benoît et que vous habitez à Nîmes, pas de souci, les noms propres (et leurs dérivés) ne sont pas concernés par la réforme!

On se résume; il parait (du verbe 'paraître' et non pas du verbe 'parer') que des mots tels que 'abimer', 'ainé', 'cloitre', 'cout', 'diner', 'gite', 'huitre', 'ile', 'piqure' vont apparaitre assidument à partir du mois d'aout dans nos boites aux lettres. Celui qui comparait (du verbe 'comparaître' et non pas du verbe 'comparer') sent qu'il y a comme un arrière-gout de brulé dans le ragout... Les maitres devront s'entrainer sans dégout ou travailler à la chaine pour murir cette orthographe fraiche et traitresse qui vient de naitre. Ci-git le roi des accents, coute que coute.

Toujours à suivre.

samedi 27 février 2016

À propos de la réforme de l'orthographe (1)

Que l'orthographe française n'est pas facile, on le sait; les enfants en particulier et les apprenants de français en général font souvent les frais de cette discipline à la fois capricieuse et mystérieuse. Rien de surprenant donc, à ce que l'administration tente de la simplifier ou de la rendre plus accessible, c'est quelque chose qui rentre dans la logique. Ce qui peut nous sembler un peu moins normal, c'est que les tentatives de réforme se répètent dans le temps sans (presque) jamais avoir atteint leur but.

Il y a quelques semaines, la ministre de l'Enseignement, Najat Vallaud-Belkacem, a encore une fois ravivé la polémique en annonçant la reprise des recommandations du Conseil supérieur de la langue française, validées par l'Académie française et publiées au Journal Officiel de la République (édition des documents administratifs)... du 6 décembre 1990! Vingt-six ans plus tard, le Ministère et les éditeurs semblent prêts une fois pour toutes à mettre effectivement en place la nouvelle orthographe pour la rentrée scolaire 2016, avec l'entrée des rectifications orthographiques dans les manuels scolaires.

Levée de boucliers, le débat est aussitôt lancé: partisans et détracteurs, chacun y va de sa petite rengaine pour applaudir ou blâmer ce qui a été établi il y a 26 ans et qui, ne l'oublions pas, ne constituerait qu'une deuxième possibilité d'orthographe qui rejoint celle dite 'traditionnelle'. Pour les uns, il était déjà temps, ou bien la réforme n'est que trop timide, frileuse, il aurait fallu aller plus loin, la rendre plus générale et toucher d'autres points; pour les autres, c'est l'identité de la langue française qui est en jeu, c'est la défaite face à l'effort des élèves, c'est le nivellement par le bas et, à la fin, un nouveau tour de vis dans le processus d'appauvrissement de la langue, entre autres.

Pierre Perret, alors qu'il était précisément membre du Conseil supérieur de la langue française, avait chanté avec humour La réforme de l'orthographe (éditions Adèle, 1992), dont vous pouvez retrouver les paroles sur le site de l'artiste.



Finalement, où en est-on? En quoi consiste cette nouvelle orthographe qu'on nous annonce encore une fois? Pour répondre à ces questions, nous vous proposons de faire le point ici, dans une courte série d'articles, sur les règles à appliquer et les mots du quotidien qui seraient le plus directement touchés.

Et pour commencer, on peut le faire avec le tréma, ce joli "signe formé de deux points superposés que l'on met sur les voyelles e, i, u, pour indiquer que la voyelle qui précède doit être prononcée séparément, et sur les voyelles a et o dans certains emprunts" (définition du Petit Robert); par exemple, 'aïeul', 'archaïque', 'baïonnette', 'coïncidence', 'héroïne', 'laïque', 'maïs', 'naïf', 'stoïque' et tant d'autres se prononceraient autrement s'il n'y avait pas ce signe pour nous le rappeler. Car, ne l'oublions pas, un signe doit servir à quelque chose, en l'occurrence à différencier deux sons. En tout cas, aucun problème ne se pose quand le tréma est situé sur une voyelle qui est prononcée.

Or, il arrive que dans certains mots l'orthographe traditionnelle veut que ce tréma surmonte une voyelle muette, ce qui peut dérouter plus d'un au moment de la prononciation; c'est le cas d'adjectifs féminins comme 'aiguë', 'ambiguë', 'contiguë', 'exiguë'... qui sont en réalité prononcés exactement comme la forme du masculin ('aigu', 'ambigu'...). Les Académiciens ont trouvé donc normal de déplacer le tréma pour le situer sur la voyelle effectivement prononcée, si bien que ces mots peuvent désormais s'écrire 'aigüe', 'ambigüe', 'contigüe' ou 'exigüe'. Les mots de la même famille contenant le groupe gui prononcé [gɥi] seront désormais également marqués de ce tréma sur la lettre u, au lieu de la lettre i: 'ambigüité', 'contigüité', 'exigüité'... Dégâts collatéraux, Le Petit Robert va devoir changer sa définition de tréma.

Selon le même modèle, d'autres mots ont vu leur tréma se déplacer pour s'adapter à l'air du temps; Socrate ne boira plus la ciguë, mais une bonne dose de cigüe (d'ailleurs, il aurait mieux fait de manger des figues, là il n'y a ni poison ni tréma à placer ou déplacer). De même, pour éviter des prononciations défectueuses (car parfois celui qui voulait arguer risquait, faute de connaissances suffisantes, de se faire larguer), on a préféré écrire 'argüer' et ajouter le tréma tout au long de la conjugaison de ce verbe.

Même chose, pour finir, avec ces mots qui contiennent eu prononcé [y] comme le participe passé du verbe 'avoir' eu: 'gageure', ou 'vergeure' se voient surmontés d'un tréma sur leur u. Franchement, c'est une vraie gageüre que de pouvoir utiliser un de ces mots dans la conversation courante...

Ce que les linguistes (prononcez [gɥi], sans tréma) ne nous ont pas expliqué, c'est pourquoi, chez eux, cette règle n'est pas valable: ils sont comme des anguilles ([gi]) qui glissent entre nos doigts, et mieux vaut chercher une aiguille ([gɥi]) dans une botte de foin plutôt que d'espérer trouver une réponse logique à ces incongruités. Quitte à vous sembler égoïstes, on dirait que tout cela ressemble à un capharnaüm que nous supportons stoïquement au risque de devenir paranoïaques.

À suivre...





dimanche 31 janvier 2016

La collection "Pour les Nuls" fête ses 15 ans en France

D'après ce qu'on peut apprendre sur Internet, l'origine de cette collection très populaire remonte à 1991 avec la publication aux États-Unis du premier volume de la série, MS-DOS for Dummies. L'idée, toute simple, était d'expliquer, en des termes compréhensibles, les difficultés de l'informatique à des utilisateurs débutants ou peu expérimentés. La collection a remporté un succès immédiat, la liste de titres a augmenté très rapidement et s'est aussitôt diversifiée sur d'autres domaines.
Ce n'est que 10 ans plus tard, en janvier 2001, que "pour les Nuls" (Éditions First) arrivent en France avec tout d'abord des traductions de titres déjà parus aux États-Unis puis, dès le mois d'août, avec des titres créés en français, dont le premier a été... devinez:


Eh oui, Le français correct pour les Nuls, écrit par Jean-Joseph Julaud, un professeur de français et d'histoire-géographie à qui nous devons aussi d'autres titres désormais classiques de cette collection, comme L'Histoire de France pour les Nuls ou La Littérature française pour les Nuls.

 


D'autres ouvrages de la collection sont également consacrés à la langue française; en voici quelques exemples:

 

 

 

Depuis son lancement en France, le succès de la collection à la couverture bicolore ne se dément pas et on voit arriver chaque année une bonne centaine de nouveaux titres en français, ce qui fait au total aujourd'hui plus de 1200. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site Pour les Nuls et écoutez le document de l'émission C'est sur le net, de RTL:


(RTL, C'est sur le net, 21 janvier 2016)